Nos corps se sont finalement habitués à l’altitude, au froid sec, et aux régimes alimentaires locaux (enfin presque). La fatigue accumulée tout au long de ce bike trip Népalais très sportif est bien là, mais apprivoisée… Pourtant, il faut rentrer.

Enfin pas tout de suite, le chemin du retour est encore long pour rejoindre Beni, Pokhara, Katmandou, puis l’occident. Il reste quelques sentes, quelques rencontres, quelques anecdotes, et quelques paysages d’un autre monde.

Népal - Pokhara

Tourisme

En ce 1er décembre 2010, après la “journée phare” de la veille, Tangi a judicieusement prévu un programme plus “frugal” pour entamer notre retour progressif vers la vallée. On a même droit – luxe suprême – à un bout de matinée “off” (comprendre “touristique” 😉 ) pour profiter de la ville typique de Marpha la belle et de son monastère bouddhiste, sans oublier la petite halte dans son vaste cyber-café 🙂

Le temple est magnifique, et offre un haut point de vue idéal sur la ville, ses maisons de pierres sèches sans mortier, ses toits garnis de rangées de bois de chauffage, et de mais en cours de séchage, ses champs cultivés, ses innombrables pommiers, et la rivière Kali Gandaki qui serpente au fond de la vallée, tandis que dans la salle de prières se déroule une cérémonie à laquelle participe la quasi totalité du village.

A l’origine, ces stères de bois de chauffage étaient stockées sur les toits plats des maisons pour se chauffer à la saison froide, puis, sont devenues une décoration, mais surtout un signe de santé pour ses habitants. Et maintenant que la plupart d’entre eux descendent vivre à la douce Pokhara durant la saison froide, personne ne touche plus désormais à ces murailles de bois coupé parfois centenaire.

Au retour, on trouve Tangi et Florent dans ce qui ressemble à une cave sombre, sorte de micro épicerie, attablés devant deux ordinateurs récents : le cyber-café de la ville est complet !

Dans la cour ensoleillée du lodge, séance animée d’entretien de nos vélos qui ont souffert avec cette poussière ultra fine omniprésente. Les enfants passent par dizaines sur la ruelle surplombante et, curieux, s’attardent devant notre groupe affairé, tandis que Susie joue à la maman avec ceux de la maisonnée. De larges paniers d’osier couverts de quartiers de pommes sont exposés au soleil, ces fruits secs sont un délice absolu et idéals dans le sac pour nos efforts quotidiens. Assis contre le mur chauffé, un homme égraine patiemment les épis de mais séchés.

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Retour par les chemins de traverse

Nous finissons par lever le camp… (ah, non, Astérism a encore oublié un truc de dernière minute 😉 ) pour reprendre la ruelle pavée principale, sous laquelle coule une eau tumultueuse en provenance directe du glacier du Daulaghiri tout proche, emprunter les sentiers surélevés et dallés qui serpentent au milieu des cultures de la vallée, en cassant la fine glace formée sur les flaques durant la nuit.

Le parcours du jour nous fait d’abord passer d’une rive à l’autre de la rivière à travers les plantations locales, puis nous rattrapons la piste défoncée du Mustang que nous avions empruntée à la montée. Une option envisagée par Tangi est vite abandonnée, car la passerelle provisoire au-dessus du bras principal de la rivière n’a pas été rétablie après la dernière crue, et, heureusement pour nous, la tentative de Florent pour passer le courant gelé à pieds n’est pas des plus concluante.

Dans une anse de la rive droite, nous montons finalement par une piste fraichement bulldozzée, au bout de laquelle apparaît — contraste extrême comme on en trouve que dans ces pays — d’un côté un hôtel luxueux sur un promontoire avec vue à 360°, pelouse rasée de près et statues de pierre, et de l’autre côté un village perdu, dont les habitants semblent vivre encore comme un siècle en arrière. Juste au-dessus, le vallon béant du glacier du Daulaghiri, si près, et pourtant si haut, qui semble cracher sa glace comme un volcan sa coulée de lave.

La ruelle qui sort du village débouche immédiatement sur un bon sentier bardé d’épingles techniques et qui nous ramène jusqu’à la rivière, un pont Népalais, puis à nouveau la piste du Mustang avec son trafic de bus indiens surchargés, de 4×4 taxis, de motos, et de troupeaux. Le monta cala est toujours présent, mais dans le sens de la descente cette fois, ce qui nous permet de belles pointes de vitesse, et des dépassements osés.

Et le soleil se couche déjà lorsque nous parvenons à Kalopani, et son très beau lodge confortable, idéalement placé entre la chaine des Annapurnas d’un côté et le Dhaulagiri de l’autre. Comble du luxe, Tangi nous a fait réserver la plus belle suite de la maison, spacieuse, avec salle de bain, et vue sur les deux 8000 !

Nous y passons une excellente soirée, avec l’accueil sympathique du patron et sa cuisine authentique. Le brasero sous la table est toujours le bienvenu car le froid pique un peu le soir, l’hiver approche. La chambre aussi est glaciale, heureusement que la douche chaude fonctionne, et que le soleil a suffisamment gavée de calories si précieuses, le cumulus posé sur le toit.

La chaine des Himalayas

Plateau avec vue

Pour cette dernière journée, nous repassons en rive gauche de la rivière pour une longue montée sur piste, parmi une forêt de pins qui rappelle furieusement nos lointaines Alpes du Sud. Au passage d’un petit village, une nuée d’enfants tentent de s’accrocher ou grimper sur nos vélos en marche, et il faut user de persuasion pour leur faire cesser ce jeu dangereux.

La piste débouche sur un vallon magnifique au panorama toujours grandiose. Des petits ilots de fermes y exploitent la terre et y pratiquent l’élevage. Un beau sentier en zigzag se présente. Visiblement taillé à la mini- pelleteuse, entièrement roulable pour ceux qui ont encore de l’énergie à revendre, il mène à un plateau où paissent généralement des yaks, pas toujours commodes selon Tangi.

Nous profitons de beaux instants sur cette toundra sommitale, car nous savons que la dernière descente du séjour se présente. Pas la meilleure à notre goût, mais la tête est déjà ailleurs, avec des sentiments mêlés. Heureux de terminer ce raid d’une rare intensité, et un peu mélancoliques à la fois.

Dernière pause panoramique sur la toundra du plateau sommital

Back to Pokhara

Le retour vers Beni alterne avec l’autoroute (la piste poussiéreuse et cassante du Mustang) et le sentier du tour des Himalayas, et ses traversées de villages et autres ponts himalayens. Il faut surtout tenir l’horaire pour arriver avant la nuit, alors on tape parfois des sprints sur ce parcours descendant, avec doublages sauvages de bus surchargés. On sent le but se rapprocher, la délivrance un peu aussi. Le trafic se fait plus dense, et le danger avec, ce qui impose une double concentration de rigueur.

Au crépuscule, nous débouchons enfin à Beni, sur cette grande place de terre battue, sorte de gare routière d’un autre temps, gris de poussière, épuisés par les derniers coups de cul, mais tellement heureux d’avoir bouclé ce périple, entiers, sans casse, des images plein les yeux.

Mais c’est encore loin d’être terminé ! Il faut boire, se manger une soupe aux nouilles, boire encore, se changer, démonter les vélos, attendre jusqu’à la nuit un chauffeur de van en souffrance avec l’horaire.

Le chauffeur en question est un spécimen qui nous fera regretter le précédent. Jeune, un peu trop sûr de lui, et bavard à n’en plus finir avec notre porteur. Il négocie plutôt très mal tous les pièges de la piste défoncée qui rejoint la route de la vallée. Évidemment on n’échappe pas à l’enlisement de rigueur en pleine nuit avec les camions qui passent à quelques cm du van embourbé. Heureusement un 4×4 nous aidera à sortir de l’ornière. Puis ce sont deux arrêts complets successifs au milieu de la route, moteur coupé, sans explication aucune… Il faudra insister lourdement pour enfin comprendre qu’un chat a traversé devant le van, et que seul le passage d’une autre voiture ou d’une personne permettra au maléfice engendré de changer de corps… Vu qu’il passe une voiture toutes les vingt minutes, très gêné, notre porteur prend le risque de braver la superstition, et fait le cobaye pour le premier chat. Puis c’est Banana qui sort de ses gonds au deuxième arrêt en pourrissant en anglais mélangé d’injures vietnamiennes le chauffeur complètement à l’ouest. Florent se dévoue cette fois-ci pour aller faire quelques pas au milieu de nulle part devant le van, et le chauffeur accepte de repartir (n’y voyez aucune relation de cause à effet, mais Florent a été malade quelques jours la semaine suivante alors qu’il poursuivait son séjour en touriste !).

La fin du trajet est interminable et angoissante, tant on ne sait pas s’il voit bien, ou sait vraiment ce qu’il fait. Arrivée tardive à Pokhara où nous retrouvons enfin notre hôtel, une petite collation et un vrai bon lit pour récupérer.

Tout s’accélère le lendemain pour procéder au démontage complet et rangement soigné des vélos dans leurs sacs respectifs, préparation et optimisation des sacs, et adieux rapides avec nos hôtes, Florent qui reste une semaine supplémentaire, et notre meilleur guide breto-népalais entre tous : Tangi.

Deux micro-taxis chargés à bloc avec nos trois sacs vélo, au milieu d’une manifestation dans les rues de Pokhara, heureusement le petit aéroport n’est vraiment pas loin.

Le petit bi-moteurs de Tara Air ne transporte qu’une vingtaine de passagers, avec une hôtesse s’il-vous-plait, mais nos sacs vélos remplissent quasiment la soute, d’autres sacs voyageront dans la cabine du pilote ! Un vol panoramique qui nous ramène en moins d’une heure à Katmandou, dans la brume de pollution ambiante, au milieu des chaines de montagnes qui caressent le ciel.

Derniers sommets à +7000

Epilogue

Un voyage au superlatif qui nous aura initiés, et marqués, dans tous les sens du terme. Un mélange subtil de découverte, de nature, de civilisation éloignée, de sport engagé et de trekking. Un groupe restreint avec un quatrième larron hyper sympa (en plus d’être doué sur un vélo), et un guide passionné qui a toujours su adapter le programme à nos envies et possibilités, et à tous les événements imprévisibles qui font le charme des destinations lointaines et déconnectées.

Susie aura été plus particulièrement marquée, car elle a du puiser plus loin que nous les garçons dans ses ressources physiques et mentales, mais aussi parce qu’elle avait choisi cette destination pour toucher du doigt la culture bouddhiste, dont elle est partiellement issue. Sa décompression prendra un peu de temps.

Heureux aussi d’avoir eu les moyens physiques de le faire, car inutile de préciser après la lecture de ce récit qu’il aura fallu une bonne condition générale pour le mener de bout en bout, et sans avion pour nous déposer en montagne comme il était prévu.

Merci encore à Tangi et Cap Liberté pour cette expérience riche entre toutes !

Les autres épisodes :

  1. Népal : le voyage initiatique
  2. Cheminement en terre himalayenne
  3. Immersion, entre Katmandou et Pokhara
  4. L’entrée en montagne
  5. Mustang, la route du sel
  6. Kagbeni, le verrou des deux rivières
  7. Caméra embarquée à Manakamana
  8. Les hauts plateaux de Muktinath
  9. A la recherche du Yeti

Searching for the Yeti

Avec Tangi Rebours :

Searching for the Yeti from Gary Thomas on Vimeo.

Galerie