Un glacier et quelques descentes roulées à l’Alpe d’Huez en juillet 2013 sur le tracé de la plus grande DH Enduro Marathon au monde avaient finit par convaincre Banana d’y participer.

N’étant pas fan absolu du mode carnage habituellement rencontré chez les garçons, j’ai vite accepté l’idée de faire le coach/préparateur pour ma battante de femme à l’occasion de l’édition 2014 !

mega 2014

20th Mega Ladies

La Megavalanche de l’Alpe d’Huez vingtième du nom, est rappelons-le, une sorte de monument du VTT alpin, avec son mass-start épique sur la neige, son hymne technoïde incontournable, son mur plongeant sur le glacier, son cumul de 4000 mètres négatif de descente sur deux jours, sa trentaine de nations représentées, et un record de 2000 concurrents cette année.

Un sport et une épreuve éminemment masculine puisque chez les filles, d’une poignée il y a quelques années, elles sont moins de 70 partantes en 2014, ce qui reste un infime pourcentage. Et de fait, finir cette course représente déjà un très beau challenge physique et technique.

Cette année cependant, les éléments ont rajouté une couche au mythe en  faisant basculer ses adjectifs à “épique”, “dantesque”, “irréel”.

La porte étant laissée grande ouverte par l’anorexique anticyclone des Açores, un train de dépressions dans un flux de nord s’est déversé toute la semaine sur les massifs, avec du froid, de fortes pluies, et même des averses de neige dès 2700m. Bonjour l’hiver en plein été !

Oisans, la Grave, Venosc, Allemont, l’Alpe d’Huez

Afin de se préparer au mieux,  de s’habituer à l’altitude, de bouffer un peu de dénivelé négatif, et surtout de profiter au maximum des trésors de la région, le coach avait prévu une semaine de vacances en Oisans avant la course.

Programme évidemment perturbé mais finalement pas mal exploité compte tenu des conditions extrêmes : une boucle enduro autour du sublime plateau d’Emparis au-dessus de la Grave avec spot dodo devant le glacier de la Meije (photos à venir), camping à Venosc pour une très belle journée descente aux 2 Alpes, quasiment vide après l’événement Crankworks, une journée trail pluvieuse entre Venosc et les 2 Alpes, enfin camping à Allemont avec deux petites journées entrainement humide et boueuses entre les Grandes Rousses et Allemont.

Avec tout ça, le temps alloué à la lessive et à la mécanique explose. On avait pas vraiment prévu le froid et la pluie, alors il faut régulièrement laver puis sécher les affaires, tandis que les vélos réclament plus d’attention qu’à l’habitude.

Pour Banana, j’avais passé depuis peu son Santa Cruz Blur LT2 en mono-plateau avec une cassette 10 vitesses agrémentée d’un grand pignon One Up de 42 dents, mais la transmission n’avait pas encore été testée dans ces conditions et la chaine tombe parfois du plateau. Je tente donc la fabrication “avec les moyens du bord” (une vieille plaque de la Freeraid et de la cordelette Dynema) d’un “bash” pour limiter les risques.

Changement du train de pneus avec un Maxxis Minion DH à l’avant et un High Roller DH à l’arrière, plaquettes neuves. Mais honte sur moi, j’ai oublié de remplacer la gaine d’origine de câble de dérailleur. Celle-ci fait des siennes et oblige Susie à s’y prendre à deux mains pour monter une vitesse… Il faudra malheureusement faire avec.

La vie sportive du coach accompagnateur

Soutenir et être présent à tout instant avant le départ et à l’arrivée n’est pas chose aisée. Surtout lorsqu’une liaison non prévue m’oblige à courir un trail de 5 km sous la pluie battante pour être dans les temps au téléphérique des Grandes Rousses ! Inutile de préciser qu’ils n’étaient pas nombreux les accompagnateurs pour ces pauvres ladies, mais partager avec son épouse ces moments d’inquiétude et de doute en restant toujours positif n’a pas de prix.

La séquence “attente du départ dans la minuscule remise à l’abri de la neige glaciale” était à elle seule un moment d’anthologie. D’abord quelques uns/unes à sautiller sur place casque sur la tête pour se réchauffer, puis l’affluence avec musique, jeux de ballons et déconnade à plus de 20 dans 9 m² tandis que l’inoxydable team des organisateurs mettait en place banderoles, sono et barrières pour assurer le départ de toutes les vagues du jour dans les meilleures conditions.

Le départ et sa musique mythique est sans doute ce pourquoi ils sont tous là, et reviennent pour la plupart. Moment intense pour bikers en transe.

Puis c’est la course entre les télécabines et celle avec le van pour rester dans les temps de la descente, tandis que l’on cogite sur toutes les incertitudes de l’épreuve.

Philosophie de télécabine

Entre les discussions avec Claude Vergier à la montée, sur les vicissitudes d’un père de descendeur junior de haut niveau (Loris), et celle avec François Dola, vainqueur de la toute première Megavalanche en 95, qui, juste après le départ des ladies, disserte dans le télécabine sur la vanité de ces courses où la notion de plaisir est assez vaporeuse, avec la question lancinante du “pourquoi tout ça”, ces “loisirs”, mais dans des conditions épouvantables, où une majorité de concurrentes sera probablement à pieds dans tous les passages difficiles, et que quand bien même, il en vit pourtant… de ces courses, et de ces loisirs…

Tiens, j’aurais bien apprécié une longue panne à cet instant, avec le crépitement de la pluie sur la tôle de la cabine suspendue dans la brume, et une conversation qui prenait une tournure presque surréaliste. Mais une fois arrivés à la station, chacun fonce vers son van respectif pour descendre fissa à Allemont et accueillir nos valeureuses épouses respectives toutes embouées.

Qu’est-ce qui nous motive à souffrir dans de telles conditions ? Et où est passé ce plaisir que l’on dit moteur de nos émotions ? Il y a certes une part de vanité et d’ego, c’est indéniable, mais aussi une autre plus symbolique. On participe à une course mythique, une épreuve unique, que les anglais décrivent d’ailleurs comme étant celle à laquelle tout biker passionné se doit de participer une fois dans sa vie. On se confronte à nos limites et à nos peurs, on profite de l’effet de groupe “ils y vont, alors j’y vais aussi”, on tente d’atteindre un objectif “marquant”.

Si ce n’est pas pendant, le plaisir vient après. Après avoir survécu aux recos encombrées, au “mass-start” dans la neige, aux concurrents parfois bourrins, aux nombreux obstacles, à la boue glissante et collante, avec la petite part de chance incontournable qui vous épargne de la casse ou de la mauvaise chute.

Stress de coach

Dans l’histoire, le plus stressé, c’est bien moi ! Imaginez votre femme, à un âge que l’on dit trop avancé pour jouer encore à ces jeux-là, s’affronter en course sur un parcours plutôt exigeant, et dans des conditions où, en principe, on s’abstient de rouler, avec tous les aléas qui guettent au tournant : problèmes mécaniques, accrochage avec un concurrent, chutes, blessures…

Tout comme à la qualification, mon attente à l’arrivée de la course a été emprunte d’une certaine angoisse, avec le chronomètre qui s’égrène, les concurrentes qui franchissent la ligne avec de grands intervalles, dans un état qui fait peine à voir, et les premiers garçons de la vague suivante qui sont déjà là.

L’apercevoir enfin, à l’entrée de la dernière ligne droite, entièrement repeinte de terre de Sardonne, mais toujours souriante, est un véritable soulagement. Et l’entendre dire au micro que lui tend le speaker : “c’était génial, vraiment difficile mais j’ai adoré, tellement heureuse de l’avoir terminée !” est simplement la plus belle récompense qu’elle puisse faire à son coach de mari, qui en reste encore tout ému 🙂

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