L’idée était simple : profiter des dernières journées sèches et (relativement) douces pour aller rouler en altitude dans l’or jaune du mélèzin automnal, celui que l’on traverse par le chemin des italiens pour monter à la baisse de Merlier 2396m depuis la station d’Isola 2000, et que l’on retraverse à nouveau à la longue descente versant sud-ouest jusqu’à la Tinée et Isola village, 1450m plus bas.

isola-merlier

Certes, la météo prévoyait un petit épisode orageux nocturne, associé à des températures froides, et avec un risque de “saupoudrage” des sommets, mais le franc soleil était bel et  bien confirmé pour dimanche.

Il a vraiment neigé !

Chute effective du thermomètre au lever, mais le ciel est limpide. Shorts rapidement associés aux collants d’hiver et sur-couche obligatoire. Au rendez-vous, Charlotte toujours méfiante, insiste pour qu’on se renseigne sur l’état des routes. Bon, le saupoudrage a sans doute duré plus longtemps que prévu, tous les cols sont fermés et les équipements “recommandés” pour la montée d’Isola 2000 😯 . C’est donc out pour le col de la Lombarde d’où nous comptions partir.

Allez, il reste la classique baisse de Merlier, certes plus courte, mais avec la petite couche de neige du jour, on prendra notre temps.

La fin de montée en voiture glissouille bien, les saleuses sont en plein travail. Mais une fois dans la station, c’est l’émerveillement avec toute la montagne fraichement repeinte en blanc, et surtout une tranquillité tellement inhabituelle dans ce contexte ! On monte les vélos et on se couvre en même temps, le soleil encore bas chauffe peu, et le thermos de café préparé par Banana est une aubaine.

Contournement de la barre bétonnée pour éviter de monter par le front de neige, et dès les premiers pas freeride hors du bitume, on prend conscience qu’il est tombé une sacrée couche, et ça confirme ce que disait le local rencontré plus tôt : Il était allé faire son footing à la baisse de Merlier la veille, et s’était fait surprendre par la neige en fin de journée, des bourrasques qui n’avaient pas cessé de toute la nuit ! Bref, 20 cm de bonne poudreuse, et plus dans les accumulations dues au vent violent.

On redescend un peu sur le front de neige pour rejoindre le pont à skieurs qui permet de passer en rive gauche du vallon, et on est déjà comme des gamins 😛 . Tant qu’il y a de la pente ça roule, et Banana se mange déjà des flocons 😀 .

Le début du chemin des italiens est encore roulant, mais on se rend vite compte que cela ne durera pas. Le large sentier est bien chargé, même sous les arbres, et l’or jaune des mélèzes se fait rare. Nous étions venu pour ses couleurs chaudes, et c’est l’hiver qui nous accueille.

C’est sûr, on va porter !

Rapide calcul : +400m environ à pousser, avec un peu de portage dans les dernières parties plus pentues, après tout c’est pas la mort (même avec trois géraldines dans le groupe 😉 ). D’ailleurs, celui qui hésite le plus est Franco, ses mollets poilus ont déjà viré au rose, tandis qu’il ne sent déjà plus ses pieds !

Mais je garde le secret espoir qu’en basculant versant sud en début d’après-midi, cette première couche annuelle aura déjà perdu de sa superbe et que nous pourrons enquiller dans un fin tapis transformé…

Ce magnifique sentier, roulant en temps normal d’un bout à l’autre, sera donc parcouru à un rythme de poussage-portage, avec un effort supplémentaire pour celui qui fait la trace, comme en raquettes ou en ski de rando. Passé le chantier de consolidation d’une paroi (interdit au public, et heureusement à l’arrêt), les rares traces de randonneurs ont disparu, c’est vierge partout, même lorsque l’on traverse les énormes saignées des boulevards à skieurs.

Vierge ? Pas complètement. De temps à autres, apparaissent depuis l’amont ou l’aval des traces fraiches d’ongulés, des chamois, que nous apercevrons à plusieurs reprises sous la cime de Merlier. Je prend un malin plaisir à réutiliser leurs traces un instant, avec le sentiment d’un effort allégé, jusqu’à ce qu’elles bifurquent à nouveau vers la pente, dans une amplitude de saut difficile à concevoir pour les bipèdes humanoïdes que nous sommes.

A l’attaque de la montée finale vers la baisse, on est dans un paradoxe : la neige a été partiellement soufflée de la face et des éboulis, mais elle s’est accumulée sur l’unique chemin, ce qui rend du coup la progression plus physique. On en profite pour faire la pause pique nique au soleil, et surtout sans vent, face au panorama somptueux de la Lombarde, du Malinvern et de la cime de Tavel.

Roulera, roulera pas ?

On en termine avec le portage vers la baisse de Merlier, avec un court passage à mi-cuisses quand même ! Rapide coup d’oeil sur l’autre versant, hum, c’est bien blanc quand même. J’attaque le premier le sentier, dont la trace a totalement disparu dans la pente. C’est là qu’il est préférable de connaitre un peu le parcours ! Le travers se fera donc mi-roulage, mi-poussette, en essayant de ne surtout pas “sortir” du sentier, car la pente est parfois raide. Le jeu étant de rouler sur le côté aval du sentier, là où la neige est la moins épaisse, mais également là où c’est le plus exposé…

Une fois sur le plateau sous la cime de Sistron, la trace vient d’être faite par un petit troupeau de moutons et nous arrivons à rouler un peu plus décontracté. Mais on les rattrape vite pour tomber nez à nez avec le vieux berger et sa bergère. Discussion :

  • Ah bin ça ! On aurait jamais cru voir des vélos dans des conditions pareilles, et puis y’a des filles en plus ?
  • Bin ouais, on se disait que y’aurait un peu moins de neige sur ce versant…
  • Ah dame non, et ça continue encore plus bas sous les mélèzes, et puis attention aux patous, parce que les deux là, ils sont calmes, mais y’a un jeune qui fait pas de quartier lui, alors méfiez-vous !

Et de nous raconter des tas d’histoires de patous mangeurs de bras à en faire un scénario de film d’horreur, en ajoutant que c’est la faute aux loups, tout ça… J’aperçois un vieux Gasgas près de la bergerie et lui demande :

  • On s’est pas déjà croisé y’a environ 2 ou 3 ans avec votre moto à la baisse ?
  • Ah c’est bien possible ça, d’ailleurs il me semblait reconnaitre cette jeune fille là (en désignant Lolotte, qui est connue comme le loup blanc 😉 )

A l’époque, le gars était assez remonté contre les 2 roues en général et les motos en particulier, et il nous avait bloqué et sermonné un moment avec son troupeau, en nous parlant de futures interdictions et de fusil pour se faire respecter. Mais rien de tel aujourd’hui, peut-être la présence de sa bergère, et des premières neiges…

Sentier dégradé et cicatrices d’avalanches

On se souhaite le bonjour, et on repart pour l’habituel jardinage sous la bergerie pour retrouver la trace du sentier, déjà peu évidente en conditions normales. Une fois dessus, on ne peux plus le perdre, le troupeau est monté par là et a bien fait ressortir la terre boueuse sous la couche de neige fondante. Mais il est plutôt sale, glissant, et les animaux à poil laineux sont un peu comme certains pilotes vététistes, ils font des coupes et ne respectent pas le sentier ! Bref, la descente déjà naturellement technique devient ici un vrai challenge d’équilibriste.

Plus bas, la neige commence à se faire plus rare mais l’autre moitié du troupeau qui n’en faisait qu’à sa tête est encore là, et avec lui, je vous le donne en mille : un patou ! Il n’arrête pas de nous regarder du coin de l’oeil. Lolotte qui est spécialiste en morsures canines ou félines nous dit de tracer sans le regarder. Bon. Finalement on trace, et je reconnais en passant l’un des deux costauds, déjà vu en discutant avec le berger, et qui était redescendu s’occuper des récalcitrants. Ouf, ce n’était donc pas le jeune mangeur de bras d’homme 🙂

L’arrivée dans le vallon sous la cime de Méné est un vrai carnage. L’une des nombreuses avalanches de neige lourde de l’année passée a laissé une énorme cicatrice toujours pas refermée et la petite forêt de feuillus a laissé la place à un enchevêtrement de troncs et de branches, à peine dégagés pour laisser le passage sur le sentier.

Edit du 14/05/2010 : d’après le sympathique commentaire ci-dessous, l’avalanche en question aurait été volontairement déclenchée par hélico (CG06) par crainte d’accident en contre-bas. Excès de prévention ?

A 1400m la neige a enfin disparu et on peut se laisser glisser sur le long travers, avec parfois d’autres séquelles d’avalanches, jusqu’à la voie Romaine finale qui débouche au village d’Isola.

Finalement la journée aura été beaucoup plus longue et moins roulante que prévu. Un “plan débile” diraient certains 😉 mais les images mémorisées sont plus fortes que tout le reste, et à défaut d’or jaune, cette éphémère or blanc nous aura véritablement conquis, et personne n’a regretté cette atypique rando VTT.

La vision (forcément excessive) “à chaud” de Charlotte

De la neige ? Où ça ? Non non, nous on a strictement rien vu, pas vrai les autres ?

On a bassement été sacrifiés sur l’autel de la photo je crois 😉

  • Jacky et Franco pris de remords sont finalement venus prêter mains fortes à Bourriquet et les girls
  • Marc avait l’apéro et nous les glaçons accrochés aux chaussettes
  • Franco devient ronchon mais uniquement quand il a les pieds trempés
  • Jacky a vraiment du mal à arrêter le cigare banane
  • Au moins deux nouveaux cas de grippe H1N1 à déplorer
  • Merci Suzette pour le café chaud (servi dans son sémillant petit verre clown)
  • Pas merci Bourriquet qui a fait grève du portage sous prétexte que le thermos était trop gros (moralité : on a du le boire avant de partir, et quand je bois 2 tasses de café le matin je suis encore plus fatigante que d’habitude, dixit le groupe à l’unanimité moins moi, car je ne me trouve jamais fatigante)
  • Le froid c’est bien, personne ne s’est rendu compte que j’avais oublié de mettre du déo…
  • Les chamois et les cerfs ont peur des chasseurs mais beaucoup moins des gentils vététistes
  • Le rose ressort super bien sur la neige et Lolotte a même poussé le détail jusqu’à avoir les mollets assortis à son pull fuchsia
  • Le temps d’une sortie j’ai eu un kern tout blanc moi aussi, Rémy t’avais raison il est pas si mal comme ça 😉
  • Et enfin message subliminal à moi-même : la prochaine fois que tu vois les montagnes blanches, surtout tu ne les écoutes pas et tu restes au lit non de diouuuu !

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