Après la ténébreuse Scandola et les vertigineuses calanches de Piana, deux randos kayak font partie des grands incontournables Corses : les falaises calcaire de Bonifacio, et dans les bouches du même nom, les redoutées îles Lavezzi.

La fin de séjour approchant, les conditions météo instables des jours passés associées aux prévisions bien trop changeantes nous faisaient privilégier la moindre fenêtre offerte.

Iles Lavezzi

Cimetière marin

Mon dernier passage “marin” aux îles Lavezzi remonte à 1988, à l’occasion d’une croisière familiale sur un petit voilier habitable, avec mon fils alors âgé de deux ans.

Des souvenirs venteux et agités. Notre étape à la cala Lazariha, célèbre mouillage idyllique du tas de cailloux granitiques, sous la protection de la pyramide de la Sémillante, avait du être écourtée en raison d’un bon coup d’Ouest prévu. Notre voisin de mouillage y était d’ailleurs resté de force trois jours durant, bloqué sous un violent mistral, plusieurs amarres portées à terre pour ne pas déraper, avec des vagues qui submergeaient les maigres îlots protecteurs !

“L’un des endroits les plus dangereux de Méditerranée”. C’est dire la réputation piégeuse du lieu, même pour les grosses unités. Dans les “bouches”, l’effet venturi créé entre les montagnes Corse et la côte Sarde, distantes d’une douzaine de km, renforce d’un ou deux degrés beaufort la situation météo. Et c’est pire côté courants et vagues associées, avec une remontée brutale des fonds dans le détroit.

Piantarella, repère de funboarders

Afin d’être à pied d’oeuvre, nous établissons notre camp de base au camping des Iles, le plus Sud de Corse, à moins d’un km de la plage de Piantarella, célèbre pour son lagon turquoise, ses conditions de vent idéales pour le funboard et le kitesurf, et son bar restaurant à la vue imprenable sur la plage dans une ambiance hyper cool man, reggae et fumées illicites…

Nos spoon se tiennent toutes seules ensemble

Sant’Amanza, l’anti-Bonifacio

Avec le vent d’Ouest annoncé, nous battons en retraite sur la baie de Sant’Amanza, en compagnie de nos amis Andy et Aurore sur leur Bic Nomad gonflable.

Située à l’Est de Bonifacio, la côte Nord de cette baie a pour particularité géologique, la continuation orientale de la veine de calcaire si caractéristique des falaises et du mini fjord de Bonifacio.

Descente sous voile Spoon par vent médium, oursinade copieuse dans une crique déserte et retour face au vent sont au menu de cette journée détente.

Bonifacio, ou le syndrome de la “tourisme-de-masso-phobie”

Le lendemain, ce sont les falaises calcaires ou rien. Le départ matinal dans les eaux calmes et hyper  turquoises devant l’île de Piana est simplement magique. On longe la cote sud face au golf de Spérone et ses propriétés de luxe jusqu’au cap Pertusato et son île en forme de Sphinx caractéristique.

Derrière ce cap habituellement battu par les vagues, le clapot est déjà plus présent mais très supportable. Une courte halte au pied des immenses falaise de craie blanche permet d’apprécier la beauté unique et exceptionnelle du lieu. Puis nous continuons en mode rase-cailloux, en contournant les blocs géants, le fameux “grain de sable” cousin lointain de ceux de la baie d’Ha Long, inexorablement détachés de la falaise. Nous passons devant l’escalier du roi d’Aragon, taillé dans la paroi surplombante, tandis que Andy et Aurore en balade à vélo électrique nous mitraillent quasi à la verticale, depuis le sentier touristique.

Entrée dans le fjord du port de Bonifacio avec un arrêt picnic immédiat dans la première crique à gauche, pour sa belle plage isolée et calme, car difficilement accessible de la terre, nous épargnant  le trafic incessant des promène-touristes, des grosses unités de luxe et autres bateaux de toutes tailles.

Il faut dire que Susie, suite aux premières expériences autour de la baie de Porto, commence à souffrir inexorablement  du syndrome de la “tourisme-de-masso-phobie”, qui se caractérise par un rejet de plus en plus viscéral des embarcations motorisées rapides et irrespectueuses des limites de vitesse et de leur proximité avec nos frêles kayaks.

Susie affronte le "grain de sable"

La grotte du dragon

Le syndrome atteindra son paroxysme juste après le déjeuner, alors que nous nous présentons devant la (trop) fameuse grotte marine du Sdragonato, où le balai des vedettes d’excursions a déjà repris ses rotations de l’après-midi. Ces navires plus ou moins gros, bondés de touristes amateurs de circuits, se présentent à bonne vitesse devant l’entrée de la grotte, puis y pénètrent tour à tour, avec force diesel pour y pivoter sur place, force parlophone pour y débiter le laïus réglementaire, et force trompe pour y montrer combien ça résonne et comme ça impressionne le quidam…

Je fais signe à Susie d’emboiter le pas (d’hélice) de l’un d’eux pour se faufiler dans la cavité, mais à juste raison, elle me fait comprendre que c’en est trop : les commentaires vaseux des visiteurs nauséeux, le clapot désordonné, les vapeurs de gasoil, le bruit, le danger d’abordage ou d’accostage… Pour ma part, tête de mule oblige, j’y vais quand même, tandis que le pilote opère son demi-tour à deux ou trois mètres à peine de ma pagaie.

La grotte enfin libérée, je prends juste le temps d’apprécier son ampleur, la découpe caractéristique de son haut plafond qui laisse paraitre le ciel d’azur en forme de Corse inversée, et rejoins aussitôt Susie qui peut enfin lâcher sa bordée de jurons à tous les vents de la mer, tout en laissant paraitre un fort désir de rentrer au bercail…

Portant pleine bille

Une fois la tension retombée, nous larguons la voile spoon qui se dresse comme une fleur à l’étrave pour nous tracter à bonne vitesse jusqu’à la pointe de Spérone, à une encablure de Piantarella. Avec la houle qui s’est formée comme toutes les après-midi, quelques coups de pagaie devant le sémaphore de Pertusato nous offrent de petits surfs très plaisants. Tandis que l’arrivée sur le lagon bleu reste toujours aussi dépaysante.

Retour sous voile pleine bille

Fenêtre sur lac

La prévision du lendemain est définitivement la meilleure qui soit depuis longtemps. Nous nous mettons d’accord avec Andy et Aurore pour un rendez-vous à Piantarella suffisamment tôt pour pouvoir garer la voiture à quelques pas de la plage. Car en l’absence de véritable parking, la file de véhicules garés anarchiquement des deux côtés de la route peut remonter sur un ou deux kilomètres.

Décollage comme dans un rêve, sur une eau lisse comme un miroir, claire et transparente comme un lagon. Nos kayaks glissent si bien et en silence que l’on prend garde à soigner son entrée de pagaie dans l’eau, à donner de l’amplitude et de la lenteur à notre mouvement.

La traversée si redoutée sur la carte est avalée sans effort, et nous sommes déjà au beau milieu du tas de cailloux granitiques mystérieux, aux formes pachydermiques, cartoonesques ou diaboliques selon l’angle de vue et la lumière de l’instant.

Tour anti-horaire en prenant soin de s’attarder le plus possible dans les moindres anfractuosités, à une portée de pagaie des sculptures naturelles polies au fil du temps, et en coupant les petites plages déjà bien occupées par les livrées de visiteurs en navette. Ca n’est décidément pas tous les jours que les bouches se font lacustres.

Après un picnic sur une minuscule plage et quelques essais de vidéo sous-marine, retour direct sous voile pour gouter une dernière fois aux eaux paradisiaques de l’île de Piana.

P1010269

Coup de vent d’Ouest

Notre timing était parfait. Le fort vent d’Ouest du lendemain allait se transformer en tempête les jours suivants.

Ne restait plus que nos VTT pour découvrir d’en haut ce que nous avions dégusté sur l’eau, avec une belle boucle entre Piantarella et l’île de Fazzio via le sentier littoral aérien, la citadelle de Bonifacio, et la voie romaine qui mène à la cala di Paraguano.

L’anse parfaitement protégée de Fazzio est un écrin avec une plage de rêve, difficilement accessible autrement que par la mer, et où est installé depuis les années 50 la branche méditerranéenne du fameux club de voile des Glénans.

Un très beau parcours qui mêle le technique du sentier parfois exposé sur les falaises, avec un panorama unique et omniprésent, l’ambiance des ruelles de la citadelle fortifiée (mais très touristique) de Bonifacio, et la belle voie romaine, ses deux challenges montants, et le sentier final vers Fazzio, roulant et joueur, qui se conclut joliment par une baignade idyllique.

Deux galeries photos

En plus des clichés pris avec pas moins de 3 petits APN, dont le Nikon FT1 étanche, Aurore nous a offert une magnifique sélection issue de son réflex Olympus, dans la deuxième galerie ci-dessous.

Galerie Aurore