Le week-end de Pentecôte était, comme tous ceux de cet hiver/printemps 2013, à double tranchant côté météo. Après un samedi sous des trombes d’eau, une amélioration devait s’amorcer vers l’Ouest de la région dimanche puis se confirmer lundi. Trop de boue pour le vélo, trop de vent et de vagues pour naviguer en mer, alors cap sur le Verdon, pour redécouvrir en kayak cette fois, la somptueuse pièce d’eau artificielle du lac de Sainte Croix.

La jungle des hautes gorges

L’avantage de ces situations incertaines, c’est que l’on a toujours une chance de voir des lumières ou des couleurs inhabituelles. Et sur ce plan, nous serons bien servis.

Dimanche, boucle sur le lac au départ du charmant village de Bauduen avec le tour de l’île Coste Belle, passage sur la rive nord jusqu’au village perché de sainte Croix-de-Verdon et retour. L’aller se fait sous voile avec l’orage grondant et menaçant qui contourne le lac par le Sud, et le retour face au vent qui se renforce, avec son clapot frais associé. La courte traversée retour permet d’envoyer la voile “spoon ultimate” au travers ouvert, et de soulager nos bras sous quelques gouttes égarées de nuages effilochés.

Régate à Ste Croix

Un excellent spot dodo pour notre van, juste au-dessus de Bauduen, à moins de deux mètres de l’eau face à Ste Croix-de-Verdon.

Lundi, quoique un peu frais, le vrai temps printanier s’installe comme espéré et on se rend au Nord du lac, à l’embarquement des pédalos juste avant l’entrée des hautes gorges du Verdon pour la mise à l’eau.

A l’approche du pont qui matérialise l’entrée de l’étroit défilé, l’eau passe brusquement du turquoise fluo au beige couleur mékong, plutôt inhabituel, et signe des pluies violentes de ces derniers jours. Les rives sous le vent du lac sont d’ailleurs jonchées de débris de bois et de multiples déchets.

L’effet imprévu de cette situation, c’est une corde ponctuée de flotteurs marqués “interdit” en travers de l’entrée des gorges… Un choix se pose donc à nous. Je comprends facilement qu’on dissuade les touristes loueurs de pédalos et autres barques électriques pour s’aventurer dans des courants parfois imprévisibles et jonchés d’épaves de bois de toutes sortes, mais pour notre part, nous nous estimons assez équipés et expérimentés pour remonter cette partie calme de la rivière. Alors nous décidons d’outrepasser ce signal (par ailleurs non réglementaire).

A peine introduits entre les hautes parois minérales, la magie du lieu opère immédiatement. Nous nous remémorons cette rando aquatique inoubliable que nous avions faite avec un groupe d’amis des années auparavant, qui débutait par le canyon sec de la Main Morte, avec arrivée pendulaire de 50 mètres directement dans le Verdon, bivouac sur les galets et sous les étoiles, et descente à la nage jusqu’aux derniers blocs de la partie “eaux vives”, et qui barrent la remontée des divers bateaux depuis le lac.

Plongée dans un autre monde

A cet instant, l’ambiance est toute différente. D’abord nous sommes absolument seuls au monde dans cet énorme décors minéral et végétal luxuriant. Ensuite il y a la couleur café au lait de la rivière qui évoque plus l’amérique du sud que le Verdon turquoise. Enfin la végétation que l’on connaissait plutôt aride, explose comme on ne l’a jamais vu par ici. C’est la jungle !

Et puis il y a ces deux cascades majestueuses ! Simples filets d’eau en période estivale, elles sont chargées comme rarement, avec le bruit continu d’un train sortant du tunnel, amplifié par les hautes parois calcaires presque verticales.

Et puis encore il y a le vent, canalisé par ce couloir naturel, et qui suffit à nous faire remonter à la voile le courant pourtant assez puissant, doublement magique !

Aux deux tiers du chemin, nouvelle interdiction  : un panneau de sens interdit scellé sur chaque rive, mentionnant “Remontée interdite – Arrêté préfectoral du 24 septembre 2009″… J’hésite un long moment, car rien n’est précisé sur la raison de cet arrêté, et sur le sens du mot “remontée” (sur la berge, ou sur la rivière ?) et je sais bien qu’en été le parcours continue encore jusqu’aux premiers blocs immergés, environ 2 km en amont. Mais une deuxième interdiction outre-passée étant de trop, nous préférons établir notre pause picnic sur la première micro-plage qui se présente juste après.

Au-dessus de nos têtes, une nuée de rapaces et quelques parapentes se partagent les ascendances réputées de l’endroit, tandis que les oiseaux ont le gazouillis très actif.

Pour le retour, vent de face comme il se doit, mais courant dans le dos, et là encore il n’y a que peu d’efforts à faire pour avancer à bonne vitesse !

Passage sous voile vers les cascades

Nous profitons du passage des cascades pour les tutoyer d’un peu plus près et amasser quelques photos souvenir, puis retour dans la vraie couleur turquoise du lac, où s’ébattent déjà de nombreuses embarcations électriques et à pédales, garnies de corps rougissants.

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