Après quelques tentatives sommes toutes réussies en trail moyenne distance et en raids multi-sports, le simple fait que ma moitié n’a pas les genoux en état pour courir, et que nos sorties outdoor sont déjà très denses et variées, ne m’ont pas poussé à persévérer. Par ailleurs, et pour profiter pleinement de l’activité, il faut s’astreindre à  un entrainement régulier et méthodique, ce qui chez nous est plus une contrainte qu’un plaisir !

Le kilmètre vertical

Cela n’empêche que pour maintenir un état de forme aussi bon que possible, je cours en moyenne au moins une fois par semaine toute l’année, dans les parcs voisins de la Valmasque et de la Brague. Ceci ajouté à nos régulières randonnées en vélo de montagne le week-end (et en raquettes en hiver), où la poussette et même le portage sont finalement assez fréquents, et parfois agrémentés d’un mode “bourriquet” (allers-et-retours dans la montée pour porter le vélo de ma Banana et soulager son dos et ses forces), font que le mode “trailer” reste à peu près en état.

Trail

trail06-2014La planète Trail a véritablement explosé ces dernières années. Les épreuves de masse se sont démultipliées en tous sortes de lieux, parfois bien loin des montagnes qui l’ont vue naitre, et la variété des formats aussi : courte, moyenne ou longue distance, quand ce ne sont pas les “ultra”, avec des chiffres et des dénivelées qui défient l’imagination… et aussi un peu l’ego des participants au passage, avec pour icône absolue : Kilian Jornet, l’extra-terrestre des sommets.

C’est l’escalade du “toujours plus loin, plus haut, plus beau, plus dur, plus fort”, et cela ne se fait pas sans sacrifices, à la fois pour la vie de famille, mais aussi pour le corps, qui encaisse et… comptabilise les traumatismes qu’on lui inflige.

Est-ce l’âge, ou peut-être encore la conscience exacerbée de cette notion de “capital santé” (et la chance d’en avoir encore un bon), ou un sens plus aigu des priorités, du rapport souffrance/plaisir, de l’envie de durer, de profiter pleinement de chaque instant, d’un aiguillon de la compétition émoussé, ou un peu de tout cela à la fois ? En tous les cas nos pratiques et notre engagement se sont progressivement dosés à une vision plus équilibrée des choses.

Évidemment, il faudra toujours souffrir un minimum pour contraindre le corps à maintenir cette force, ce souffle et ce dynamisme, et ainsi continuer à profiter pleinement du spectacle de la nature et de son terrain de jeu. Mais pas au-delà de ce qu’il nous autorise encore, et toujours à son écoute attentive et respectueuse.

Le KV

Découvert il y a deux ans lors de sa première édition à St Martin-Vésubie, ce format de course trail est aussi simple que atypique : “1000 mètres de dénivelé (au moins) sur la plus courte distance possible, à effectuer contre la montre.”

Pas mal d’avantages à mes yeux sur ce type de course :

  • le format est court (une heure ou un peu plus), pas besoin de travailler une grosse endurance toute l’année,
  • seul un bon coeur et un bon rapport poids/puissance suffisent,
  • discipline peu traumatisante pour les articulations (il faut tout de même bien gérer la descente après la course),
  • les départs individuels toutes les 30″ font que l’on double et que l’on est doublé selon les niveaux de chacun, on est jamais seul,
  • on parcours du vrai et du bon sentier de montagne,
  • on arrive sur un sommet, avec la récompense du panorama, et les encouragements des spectateurs/supporters,
  • enfin le chrono aux 1000m donne une bonne référence d’un état de forme à un instant donné.

Ayant raté l’édition de 2013, qui faisait partie du championnat de France de Trail au passage, j’ai donc planifié cette première expérience pour l’édition du 21 juin 2014.

Ma préparation n’a pour ainsi dire pas changé : toujours un footing hebdomadaire, nos randos vélo de montagne, et simplement deux sessions plus spécifiques : une montée de 600m à la tête de Giarons, au-dessus de Roubion la semaine précédente, et 850m depuis Pont-du-Loup vers Col de Cavilore via Gourdon et son célèbre chemin du Paradis quatre jours avant pour m’évaluer un peu quand même. Le test était concluant, bonnes sensations et chrono décent !

La course

Arrivés la veille au soir à St Martin -Vésubie avec le Van, on “jardine” un peu pour trouver un spot agréable, paisible et si possible éloigné des nombreuses habitations de la petite Suisse Niçoise. Après une bonne montée de piste forestière, nous dénichons notre spot 4* et dinons enfin, avec une vue surplombante sur la vallée de la Vésubie.

Avec près de 400 inscrits et des conditions météo parfaites, cette course est déjà un succès. Il faut dire que l’organisation est vraiment sans défaut, avec un tarif d’inscription modéré, un tee shirt technique offert, et la pasta party proposée après l’effort.

Pas mal de connaissances rencontrées avant le départ, la plupart vététistes de longue date. Claudius, un reconverti désormais trailer spécialiste, me conseille une séance d’échauffement que je suis de bon gré, avec quelques courtes montées enchainées à rythme élevé. Pour un novice comme moi, l’exercice est plutôt inquiétant : je me retrouve essoufflé en quelques instant, mon maillot est déjà à moitié trempé, mon mollet gauche me tiraille bizarrement, tandis que mon genou droit laisse paraitre un point douloureux… Je commence alors à me demander à quelle sauce la longue heure qui suit va-t-elle me manger !

Aucune pression néanmoins. Mon pote vététiste Franco part cinq minutes devant moi, en m’assurant que je devrais le rattraper tôt ou tard. Un départ décalé, avec une très courte “liaison” entre le centre du village et un fond de vallon, balise 337, où se situe le début du chronométrage, point de départ du sentier montant directement à la Cime de la Palu, 1150 m plus haut, 4,4 km plus loin, à 2132m.

On m’avait prévenu de la difficulté des 300 premiers mètres, plus raides que le reste de l’ascension, alors je suis parti calmement, en marche rapide, pour me faire doubler quelques minutes après par deux poursuivants de ma catégorie, qui couraient, avec des bâtons. Houla ! J’espère que je ne suis pas seul en mode promenade dynamique 🙂

Comme beaucoup, je m’étais posé la question de l’usage des bâtons, une aide pour certains mais qui demande malgré tout un minimum d’habitude. Il faudra essayer une autre fois. Quant à moi, il m’arrive aussi de doubler. Les dernières filles parties avant nous, ou des V3 qui précèdent un gros groupe de V2 dont je fais partie, et puis, quelques V2 que je rattrape également.

Concernant les catégories d’âge, j’ai appris à cette occasion que Vétéran 2 concernait les 50-59 ans, et qu’il me restait de ce fait 3 ans avant de passer à la très honorable V3.

La montée est balisée tous les 100m de dénivelé, ce qui permet de la gérer au mieux. Les instants de répits, avec du faux-plat montant se comptent sur les doigts d’une main, et ce seront les seules portions où je m’astreindrai à courir un peu. Sinon je profite de mes grandes jambes pour pratiquer ce que j’appellerais : de la marche efficace 🙂

Aux deux tiers du parcours, je souffle beaucoup mais arrive à maintenir un rythme constant, pas sans souffrance mais sans douleur, la distinction est subtile. Et puis j’aperçois le pote Franco qui n’est pas dans un bon jour. Échange de quelques mots d’encouragement mutuel arrivé à sa hauteur, et chacun continue au rythme qu’il peut supporter.

Passage des 1000m (chronométré à 57’02”, soit 1050 m/h) tandis que l’approche du sommet se durcit, avec les muscles qui en font tout autant. On quitte le sentier en balcon pour passer en “dré dans l’pentu”. Comme toujours à l’approche de l’écurie je retrouve quelques restes d’énergie enfouis pour accélérer un peu, aidé par les spectateurs et les autres coureurs déjà arrivés de plus en plus nombreux.

Ne connaissant pas le parcours, je suis un peu surpris par le passage d’une bosse de crête que j’avais assimilé à l’arrivée, alors que celle-ci n’est que 200m plus loin ! Mais peu importe, ça se trotte, et le panorama circulaire qui s’offre à nos yeux, tandis que le coeur relâche enfin et doucement sa pression, après 1h05’29” de rythme effréné, est la récompense méritée et tellement appréciée de ce KV !

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