En voyage, ça n’est pas tant la destination qui compte, mais le cheminement pour y parvenir.

Cette maxime prend tout son sens au pays des sherpas,  des chemins muletiers, et de la verticalité. De fait, dès l’instant où l’on pénètre au Népal, quelque soit le mode utilisé, chaque déplacement est une aventure.
Cheminement au Népal

Genèse d’un voyage

Mais avant de partir, le cheminement est d’abord celui du rêve, et de sa lente maturation. Je crois bien que dès notre retour de l’Utah en 2007, voyage “cadeau” pour fêter mon demi-siècle, Susie avait déjà projeté sa future destination.

Née au Laos de mère Vietnamienne et de père Philippin, elle a gardé de son enfance au bord du Mékhong ces racines asiatiques imprégnées de philosophie Bouddhiste. Poussée à l’exode par la vague rouge, la Chine populaire n’est vraiment pas sa tasse de thé, mais le Tibet la fascine. Le Népal, c’est presque le Tibet, sans l’emprise chinoise (pour l’instant), et les Tibétains réfugiés y sont d’ailleurs nombreux, surtout dans la province du Mustang, notre destination.

Et pourquoi en VTT ? Disons que c’est un prétexte 😉 Pour l’instant, ni Susie ni moi imaginons aller visiter un pays en bus ou en groupe, guide du routard à la main et APN en bandoulière. Manque un truc. Avec ses chevilles en chamallow, la marche à pieds n’est pas son fort. Il reste donc nos biclous de montagne, et le plaisir qui les accompagne.

Le vélo permet aussi d’aborder des parcours plus ambitieux que ceux que nous pourrions couvrir à pieds, tant qu’il y a un peu de roulant évidemment, et il reste un passeport universel pour aborder les locaux, les enfants en sont fous ! Enfin, on rencontre nettement moins de vététistes que de treckeurs dans ces régions, ce qui assure notre besoin de s’écarter du troupeau 🙂

Urge events

Nous avions découvert Cap Liberté sur le net, une des rares  agence à proposer des voyages VTT à la carte au Népal, peu avant que l’évènement Urge Népal ne se mette en place. A tel point que la première date que nous avions évoquée dès septembre 2009 tombait pile pendant l’organisation de Fabien Barel, en février 2010.

C’est à cet instant que nous avons compris que les deux étaient liés, et que Tangi, notre futur guide se trouvait être le personnage clé de l’organisation sur place et du choix du tracé pour la course.

Mais cela faisait quand même court en préparation, en plus de la forme physique toujours au point bas à cette époque de l’année. Un aspect à considérer très sérieusement, car il est plutôt recommandé d’aborder un tel trip avec une santé de fer et un bon stock d’énergie en réserve, tant on en laisse sur place ! Et puis il faut le dire, ça coinçait aussi un peu financièrement…

Urge Népal a réalisé sa course et son opération de com’ humanitaire. On a vu les images, et on s’est dit quoi qu’il arrive, on booke pour l’automne prochaine dès que la mousson se termine et que de nouvelles dates sont proposées par l’agence.

Tangi Rebours et Fabien Barel pendant le Urge Népal

Tangi Rebours et Fabien Barel durant le Urge Népal (photo Fred Glo)

19 novembre, 14h35, aéroport de Nice

Je vous passe les préparatifs, et le conditionnement des vélos sera abordé dans un autre billet “voyager pratique”.

Reste la question de l’optimisation du poids, car voyager avec son vélo, c’est 20kg au bas mot (matos plus sac) à compter dans la franchise bagages ! Selon les compagnies aériennes, cette franchise varie beaucoup, en poids comme en surcoût. Un paramètre qui influe donc pas mal le choix des vols. Emirates nous proposait 30 kg en soute et 50$ le kilo supplémentaire ! Il a donc fallu pas mal cogiter et “sacrifier” quelques affaires au passage pour optimiser la répartition des poids au gramme près entre nos sacs respectifs (10kg en soute + 7kg en cabine et 20kg de sac à vélo)…

Arrivée Dubai à 23h35 locale. On repart à 4h40 pour Delhi, soit 5 heures à tuer la nuit dans l’énorme plaque tournante de l’émirat, où se côtoient femmes en burka, businessmen en costard, émirs en turban, et touristes en sandales de tous horizons, le tout au milieu d’une débauche d’éclairage, de mobilier tape à l’oeil, et de boutiques de luxe duty free souvent plus chères que dans nos magasins.

Un peu de sommeil volé sur ces sortes de banquettes inclinées finalement peu confortables, au milieu des voiturettes électriques qui klaxonnent à toutes heures de la nuit sous les rampes d’halogènes froides.

20 novembre, 9h15 locale, arrivée à Delhi. Gandhi airport est immense et très récent, avec des couloirs moquettés larges comme des terrains de foot en ligne et quasiment vides. Mais notre vol pour Katmandou a déjà une heure de retard. Le voyage commence à faire long, l’attente aussi. On essaie de lire, de dormir, de se connecter au wifi avec le netbook que j’ai pris le risque d’emporter pour me servir de plateforme de stockage photos et vidéos durant le voyage…

Le troisième et dernier vol vers le Népal nous permet d’apercevoir progressivement la chaine de l’Himalaya qui dépasse des nuages depuis très très loin. Une autre planète sort de l’horizon. C’est vraiment fascinant !

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Katmandou city

On arrive finalement à Katmandou au coucher du soleil, au milieu de l’épaisse couche de pollution qui plombe la ville. Une fois passée la longue queue pour le visa touriste de 15 jours, dans la lumière blafarde du groupe électrogène de l’aéroport (il y a de nombreuses coupures de courant le soir), il fait nuit.

On sort quasiment dans le noir, assailli par un nuage de Népalais qui nous proposent dans un anglais très approximatif taxi, hôtel, et plus si besoin… On a l’impression de sentir l’euro frais de très loin ! Pas évident de décliner poliment avec nos deux caddies chargés à bloc, alors que notre guide ne semble pas être au rendez-vous, très retardé il est vrai.

Grand moment de solitude alors que l’aéroport se déserte progressivement, excepté la faune locale qui cherche encore et toujours à caser son commerce en voyant notre air un peu inquiet. Deux appels en France pour finalement avoir confirmation de l’arrivée imminente de notre guide (comme on est très malins, on a même pas son téléphone sur nous !). Après une heure de doute, dans la fraicheur qui tombe, Tangi arrive comme un sauveur.

Après avoir accompagné Florent, le 4ème du groupe arrivé en début d’après-midi, il n’avait eu aucune information fiable sur le retard de notre avion. Palabres avec les taximen qui le pressent pour gagner la course, et nous embarquons dans deux minuscules taxis Hyundai avec sacs vélos accrochés très sommairement sur la galerie de toit…

Cette fois, on est vraiment plongés dans le grand bain Népalais. Et après la grosse fatigue accumulée du voyage, l’angoisse de l’arrivée qui cafouille, rouler pour la première fois de nuit dans un Katmandou qui fourmille, coté gauche, avec un éclairage de rue quasi inexistant (toujours les coupures d’électricité), des rues défoncées, des klaxons qui bipent de partout, pas de feus rouges, ni de règles de circulation (en fait si, mais pas visibles du premier coup), au milieu des vélos sans éclairage, des charrettes, des camions, des piétons dans tous les sens… L’accoudoir et la poignée de maintien de la place du mort s’en souviennent encore 😯

Assis dans ce qui nous sert de siège, crispés sur notre sac, hypnotisés par tant d’images et d’impressions à ingurgiter, après une vingtaine de minutes dans un dédale de ruelles de plus en plus resserrées, donnant l’impression d’entrer en force dans les entrailles de la cité, nous arrivons au lodge : the Yellow House.

Le quartier est plein de guest houses pour touristes et treckeurs. Logistique Népalaise peu fiable, Tangi a du nous trouver deux chambres à la dernière minute, et après une douche dans la seule bathroom fonctionnelle (entendez : avec de l’eau et un mini chauffe-eau à gaz, mais à l’entretien d’un autre âge…), nous prenons tous ensemble notre diner à la bougie, premier d’une longue série de repas locaux délicieux. Ici, un barbecue à l’indienne, au milieu d’une faune assez variée de treckeurs hippies ou vice-versa, dans des volutes de fumée qui font rire.

Nuit fraiche dans nos duvets compte tenu de l’odeur des draps et couvertures peu ragoutantes, avec le tintamarre lointain des klaxons qui faiblit entre 2h et 4h du matin, et les chiens errants qui mènent la grande vie nocturne dans des concours de hurlements. Mais ça tombe bien, on est justement très fatigués, et on ne remarque même pas le jetlag.

Katmandou by day

21 novembre. Petit déjeuner royal au lever du soleil : porridge aux bananes, thé au gingembre, jus de fruits frais, scrumble eggs… Servi dans le jardin du lodge où nous découvrons petit à petit, et surtout de jour, les images, les odeurs et les sons de Katmandou.

Remontage des vélos express dans le jardin, pendant que le soleil se met à nous réchauffer, avant l’arrivée de Tangi et Florent, jeune vététiste Gapençais de haut niveau et 4ème compère biker du trip. Les sacs à vélo ont bien souffert dans le voyage et ses deux correspondances, mais nos biclous sont entiers, c’est le but.

On s’équipe en vitesse (allez Astérisme, on se dépêche 😉 ) pour une première journée acclimatation et découverte sur les hauteurs de Katmandou. Vélos embarqués dans le minivan Nissan qui nous conduira la première partie du voyage dans les navettes et vers Pokhara.

Ici, même les simples navettes ont un goût d’aventure. Dès les premiers tours de roue du minivan, déjà passablement défoncé, on peut apprécier en full 3D dolby surround et en odorama, à la fois la conduite et la vie foisonnante et contrastée Népalaise. Et à travers notre regard d’occidental, c’est vraiment la grosse claque !

Les images se bousculent et se télescopent, on ne sait plus où donner de la tête. Prise de recul obligatoire. Il faut abandonner un par un, les préjugés que l’on peut avoir en pareille circonstance. Et inutile de préciser que ça exige un sacré lavage de cerveau !

Katmandou

De la campagne à la ville

Tangi nous emmène sur un premier circuit de mise en jambes. Cinq heures de rando descendante avec +760m pour -1480m.

Et pour adopter d’entrée le rythme très culinaire du séjour, nous commençons par une noddle soup bien épicée et un coca servis chez le fermier du coin. Ici, quelque soit le  lieu, même apparemment très reculé et peu habité, il y a toujours de quoi manger et boire, quasiment à toute heure.

Nous voici sur nos vélos au Népal 😀

Nous touchons du doigt et de nos roues notre rêve, il n’y a plus qu’à le faire vivre, et engendrer du gros et du bon souvenir !

Une première montée qui nous laisse sans le souffle. Malgré une altitude supérieure à 2000m, il fait encore assez chaud et humide. Lorsque l’on pense “Népal”, on a immédiatement une idée de froid qui vient à l’esprit, mais Katmandou est bien à la latitude du Caire, c’est une région sub-tropicale ! Nous traversons un parc créé pour l’entrainement des scouts, contournons une colline en face nord, sur un sentier glissant qui traverse la jungle, cris d’oiseaux et bruissement d’insectes en fond sonore, panorama majestueux au détour des virages. On a juste loupé les panthères promises par notre guide 😛

Dans un raidillon technique, Astérisme nous pose un pied dans l’aval du sentier gazeux et en descend à peine retenu pas la végétation luxuriante ! Le ton est donné, il faut en garder sous le pied et ne pas risquer de compromettre la totalité du séjour sur une mauvaise chute.

S’ensuit une alternance de descentes ludiques et techniques, agrémentés de pistes à 4×4 finalement très fun car roulantes et constellées de bosses. Nous descendons nos premiers escaliers de terre ou de pierres, il y en aura beaucoup d’autres. Les Népalais aiment les escaliers.

La descente finale est une merveille de panorama sur toute la vallée de Katmandou, de technique et d’engagement. Parfois limite pour nos enduros, et pour cause, c’est le futur tracé du championnat de DH Népalais initié par le club VTT de Tangi.

Quant au final de cette première rando en terre Népalaise, c’est encore une pure expérience initiatique ! Arrivés sur le plateau de la capitale qui culmine à 1350m, Tangi nous propose une immersion dans le trafic urbain jusqu’au lodge.

Rouler en ville aura rarement été aussi impressionnant et excitant à la fois. Tandis que Tangi fait le kakou en wheelie et en bunny hop de trottoir au milieu des embouteillages, nous le suivons, tous les sens en éveil, la concentration à son maximum, pour tenter d’apprivoiser les principes qui régissent les déplacements urbains, et c’est pas triste.

Par exemple pour éviter les plus gros croisements, dont l’absence de feux tricolores et de priorité sont de véritables pièges à vélo, nous prenons les chemins de traverse entre les pâtés de maisons qui nous conduisent une fois sur deux du mauvais côté d’une route à gros trafic. Là, il s’agit de la traverser en se fondant dans le flot des véhicules mais à l’envers de tous nos réflexes de droitiers, avec des camions qui klaxonnent tri-tons comme dans les films de courses poursuites… Chaud !

Arrivés au lodge à la nuit tombante : perfect timing. Les bières de 66cl deviendront vite nos boissons de prédilection. Diner au Yellow House avec un mix de cuisine indienne absolument divin.

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L’art de la conduite en milieu Népalais

Une main bien accrochée à un truc fixe, tant que l’on est pas complètement habitués au style de conduite de notre chauffeur, et des autres usagers en général…

Je vous rappelle qu’ici on conduit à gauche comme en Inde, que les routes n’ont de nom qu’au travers du mince ruban dentelé de bitume, parsemé de nombreux nids de poules, enfin quand il reste encore du bitume, qu’elles sont étroites, puis raides et exposées dès que l’on attaque la montagne, voire à moitié emportées dans les traversées de couloirs déversants.

Tout le monde roule en plein milieu, et double au moindre espace, parfois sans visibilité, klaxone avant, pendant et après.

Les « véhicules » sont pour le moins disparates. Il y a les incontournables camions et bus Tata, des constructions Indiennes quasi indestructibles qui transportent soit des passagers dedans, sur le coté et sur le toit, soit du fret, chargés aux limites de la stabilité, le tout assez joyeusement décorés et enjolivés. Il y a les taxis, ces mini japonaises désuettes datant d’une ou deux décennies. Les motos, généralement indiennes ou chinoises, petite cylindrée, mais chargement là aussi maximum, en personnes ou en marchandise. Des vélos les plus improbables, d’origine indienne pour la ville, chinoise pour les vtt, sans doute les plus chargés de tous. Des tricycles, des charrettes avec mini-tracteurs à 2 roues, et plus simplement des gens à pieds, souvent masqués par la taille de leur chargement de fourrage, de bois, ou d’énormes paniers à fruits et légumes tenus d’une sangle passée sur le front, pour la tournée des commerces et marchés.

J’oubliais évidemment les vaches (sacrées) qui occupent parfois la moitié de la chaussée, les chiens qui y dorment, les chèvres, buffles, canards et autres poules. Tout ce petit monde arrive à maintenir tant bien que mal une forme de fluidité dans le trafic, du moins tant que le trop plein n’est pas dépassé.

En fait, l’état déplorable des routes fait que la vitesse moyenne est très basse, il est finalement assez rare de dépasser les 60 km/heure, ce qui facilite tous les comportements sus-cités.

On voit quand même régulièrement des véhicules en panne, avec des gars qui s’affairent au-dessous, le tout sur la moitié de la chaussée, sans aucun signalement. Et parfois des carcasses dans les ravins aussi… Finalement, la probabilité d’avoir un souci technique ou un accident est assez élevée, il faut juste avoir confiance en son karma, et rester zen en toutes circonstances, ce que notre chauffeur maitrise à la perfection.

Mais il nous faudra quand même 3 jours pour s’y habituer… 🙄

Route Népalaise

Prochain billet : un télécabine au Népal, la route vers Pokhara, capitale touristique du pays, et porte d’entrée de la plupart des trecks dans l’Himalaya.