Dès les premiers instants où nous avons pensé ce voyage, l’image qui s’était naturellement imposée était celle d’un sentier sauvage en haute altitude, proche des cimes au blanc éternel.

Aujourd’hui, après tous ces préliminaires exotiques, passée cette longue entrée en montagne, parfois éprouvante pour les corps et l’esprit, nous allons vivre cette image, et se fondre pleinement dedans.

Les hauts plateaux de Muktinath

Stratégie de couple

La journée d’acclimatation à l’altitude initialement prévue dans le programme n’est plus nécessaire. Le vol en avion entre Pokhara et Jomsom ayant été annulé, nous avons passé ces deux derniers jours à monter très progressivement et sommes donc complètement adaptés à l’altitude et au climat.

La contrepartie, c’est que les plus faibles ou fragiles d’entre nous sont déjà bien entamés. Astérism continue à gérer ses désordres intestinaux avec un stock d’énergie très réduit. Banana avec sa bronchite persistante et ses gros efforts des premiers jours a épuisé ses réserves et est déjà passée en mode “au mental”… Elle tiendra ainsi jusqu’au bout.

Pour ma part, ayant la chance tout comme Florent d’être toujours en très bonne forme, je profite de cette différence pour assister mon épouse dans toutes les poussettes et portages qui se présentent avec des allers et retours en mode “trailer”, vélo sur le dos. Tant que ça tient comme ça, le groupe n’est pour ainsi dire pas ralenti, et nous pouvons pleinement profiter de ce pourquoi nous sommes venus !

A vrai dire cette stratégie était déjà implicitement prévue ainsi. C’est elle qui nous permet de partager ce type d’expérience en couple, malgré nos 100 ans à nous deux 😉 , des moments d’exception et d’aventure, générateurs de souvenir.

Banana prête à entamer la longue montée du jour

L’adieu à la porte du Haut Mustang

Tangi nous a octroyé un peu de temps ce matin, du moins jusqu’à ce que le soleil soit pleinement levé, pour faire un tour dans le village typique fortifié de Kagbeni.

Le froid sec nous pique de partout, mais ces instants où les premiers rayons du soleil parviennent à franchir les crêtes et sommets environnants pour inonder ce monde minéral, et réveiller les couleurs chaudes du temple et de ses multiples décorations religieuses est un vrai bonheur. Ici, “se sentir hors du temps” prend vraiment tout son sens.

Nous sommes rapidement de retour au Red House lodge pour les préparatifs désormais bien rodés du bike trip : plier les duvets, recharger les sacs d’étape étalés dans la chambre chaque soir, et que l’on laissera à Laxman, notre porteur, préparer les sacs VTT du jour avec le plein d’eau bouillie (même en montagne, la qualité de l’eau de source n’est pas sure), les bricoles à manger, les changes, les appareils photo, la caméra, les batteries rechargées pendant la nuit, et une révision rapide du vélo.

Notre hôtesse, qui nous avait confié de petites tranches de sa vie si rude la veille, vient nous souhaiter bonne chance pour la suite de notre périple, avec une “khata, ou “écharpe de félicité” bouddhiste, une écharpe traditionnelle de cérémonie utilisée au Tibet.

Elle symbolise la pureté, la bienveillance, le bon présage et la compassion. Les Tibétains accompagnent ce don ordinairement de la formule bienveillante de “tashi delek” (c’est-à-dire “meilleurs souhaits”). La signification d’une khata est liée à un souhait de longue vie.

Une courte visite devant le bouddha géant du temple familial, et nous voici sur la selle, dans une ruelle étroite déjà encombrée par un troupeau de chèvres et d’ânes en transit.

La porte du Haut Mustang

Vers Muktinath

Nous nous élevons rapidement par les pistes de 4×4, après avoir croisé Laxman au-dessus du village, qui attend patiemment son bus avec notre barda, pour la prochaine étape du soir.

La montée est rude. Nous allons traverser l’étage des 3000m pour atteindre celui des 4000m, et le manque d’air se fait déjà bien sentir ! La piste nous mène d’abord à Muktinath, haut lieu de pèlerinage qui réunit harmonieusement deux religions côte à côte : le bouddhisme et l’hindouisme.

L’aspect sacré du lieu est sans doute renforcé par un détail étonnant : la présence d’arbres, qui s’épanouissent tranquillement à 3800m d’altitude ! Une exception végétale qui n’est pas l’unique attrait du village, mais nous n’aurons pas le temps d’aller visiter les temples, les journées sont courtes, et personne ne conteste le fait qu’il vaut mieux arriver avant la nuit !

Le temps de profiter d’une noodle soup et d’un coca dans une petite auberge qui domine la vallée, nous quittons la route classique du Tour des Annapurna, à une dizaine de kilomètres en aval de Thorung La (le point culminant du tour à 5416m) pour emprunter un travers montant et super roulant, sur un terrain aride et toujours poussiéreux.

Vue panoramique depuis l'entrée du pèlerinage de Muktinath

On a roulé sur la lune

Quelques coup de culs et grosses montées challenges plus loin (les deux seuls combattants sont et seront définitivement Tangi et Florent qui ont la caisse pour !), nous atteignons notre nirvana du jour : un petit plateau à 4000, sur le flanc ouest de Thorung peak et du Khatungkang (6484m).

Et ça n’est pas tant l’altitude, somme toute modeste dans un tel environnement, qui impressionne, mais la vue vertigineuse qui s’offre à nous vers la vallée de Kali Gandaki, avec devant nous, un alignement de crêtes arrondies parfaites aux tombants… qui tombent bien, sur fond de 8000 enneigés !

Casque et protections en place, caméra GoPro branchée, on se lance sur un sublime enchainement de crêtes parfois exposées, de plongées freeride, de travers rapides ou sinueux, parfois déversants, mais toujours propres et roulants, avec des nuages de poussière omniprésents, soulevés à chaque freinage, et qui sont autant de flashs dorés dans un soleil de face, lui aussi descendant.

Mon pilotage très “conservateur” est incapable de suivre celui très propre et incisif de Florent, alors il m’attend de bonne grâce de temps à autres histoire de mettre du monde et de l’action filmée dans ces énormes paysages. Banana suit à son rythme, tandis qu’Astérism joue le serre-file.

La descente se termine par un immense plateau, parsemé de touffes de végétation typiques des zones désertiques, et qui rappelle d’ailleurs furieusement celui de Fruita dans le Colorado, avec les très hauts sommets en plus.

Le travers avant les crêtes panoramiques

Face au vent du soir vers Jomosom

A nouveau dans la vallée, nous empruntons la piste tracée à même le lit très large de la rivière Kali Gandaki.

Les corps sont fatigués, le soleil baisse, et le vent thermique du soir nous impose un dernier effort sur les quelques kilomètres restants vers Jomosom, la ville de garnison, dont le nom est dérivé du tibétain signifiant “les 3 forteresses”, qui contrôle l’entrée vers les plateaux tibétains depuis les basses vallées du Népal.

Tangi avait laissé à Laxman l’initiative de choisir un lodge de son choix pour la nuit. Mais en la matière, la notion de “bonne tenue” de l’établissement diffère selon que l’on est occidental, ou Népalais connaissance du patron… Probable que la prochaine fois, Tangi choisira lui-même selon ses propres critères !

Peu importe, l’ambiance y est très bonne, la nourriture aussi, et l’alcool maison propice au sommeil immédiat. D’autant que la nuit sera courte, en prévision d’une très grosse journée le lendemain : LA journée du bike trip sur les traces du Urge Népal !

L'immense plateau qui cloture la descente de la journée

Prochain épisode : Sur les traces du Urge Népal !